Vous avez un jardin et souhaitez y installer deux petits abris de 5m² chacun pour optimiser le rangement ? L’idée paraît simple et astucieuse. Mais que dit la loi ? Peut-on réellement contourner certaines obligations en fractionnant les surfaces ? Ce type d’aménagement suscite souvent des interrogations sur les règles d’urbanisme et les éventuelles taxes à payer. Voici tout ce qu’il faut savoir avant de vous lancer.
Deux abris de jardin de 5m² : ce que cela implique vraiment
Sur le papier, installer deux abris de 5m² semble judicieux : chaque abri étant en dessous du seuil des 5m², on pourrait penser qu’aucune formalité n’est requise. Mais en réalité, la réglementation ne s’arrête pas à la taille de chaque construction isolément. C’est la surface totale qui est examinée.
➡ La règle principale à connaître : l’administration prend en compte la surface totale des constructions non accolées, même si elles sont indépendantes l’une de l’autre.
Donc : deux abris de 5m² = 10m² construits. Et cela change tout.
Faut-il une autorisation d’urbanisme ?
Oui, dans la majorité des cas. Voici ce que prévoit le Code de l’urbanisme :
▶ En dessous de 5m²
Un abri de jardin unique de moins de 5m² ne nécessite aucune déclaration préalable de travaux, ni permis de construire, que ce soit en zone urbaine ou rurale. C’est une tolérance administrative qui facilite les petits aménagements du quotidien.
▶ Entre 5m² et 20m²
Dès que la surface de plancher cumulée dépasse 5m², vous devez déposer une déclaration préalable de travaux (DP) en mairie. Cela concerne donc l’installation de deux abris de 5m², car la surface totale est de 10m².
▶ Au-delà de 20m²
Si vous installez plusieurs abris ou un abri unique dont la surface cumulée dépasse 20m², vous entrez dans le champ du permis de construire.
En résumé : deux abris de 5m² = déclaration préalable. On ne peut pas considérer chaque abri isolément pour échapper à la réglementation.
Et la taxe d’aménagement dans tout ça ?
Un autre point à ne pas négliger : la taxe d’aménagement. Cette contribution est due dès que la surface dépasse 5m² et que la hauteur sous plafond est supérieure à 1,80 m.
👉 Cela signifie que même si vous posez deux abris de jardin de 5m² chacun, vous serez potentiellement redevable de la taxe d’aménagement, car le seuil des 5m² est dépassé.
Cette taxe est calculée par la commune selon un tarif au m² (généralement autour de 870 € au m² en Île-de-France, 820 € ailleurs), auquel s’ajoutent des parts départementales et régionales. Une abattement de 50 % est toutefois appliqué pour les abris de jardin, mais cela reste un budget à prévoir.
Que se passe-t-il si l’on installe deux abris sans rien déclarer ?
De nombreux particuliers pensent qu’en installant deux abris en plusieurs étapes ou sur des coins différents du terrain, ils passeront entre les mailles du filet. C’est un pari risqué.
Les risques encourus :
- Mise en conformité obligatoire (avec dépôt d’une déclaration, voire d’un permis)
- Démolition imposée si la construction est jugée non conforme ou si elle contrevient au PLU
- Amendes (jusqu’à 6 000 € par m² concerné)
- Blocage en cas de vente du bien (lors du contrôle de conformité)
Bon à savoir : Les services d’urbanisme peuvent constater une infraction plusieurs années après la construction. Et même si la prescription pénale est de 6 ans, la prescription administrative est de 10 ans : vous pourriez être sommé de régulariser bien plus tard.
Quelle distance entre les deux abris ?
Si vous êtes tenté de les espacer volontairement pour éviter d’avoir à additionner les surfaces, sachez que la loi n’impose pas une distance minimale entre deux constructions pour les considérer séparément. Ce qui compte, c’est leur impact cumulé sur le terrain.
En revanche, il existe des règles de distance à respecter par rapport aux limites de propriété, notamment dans les règlements locaux (PLU ou carte communale).
En général :
- Distance minimale de 3 mètres de la limite séparative, sauf dispositions spécifiques
- Respect des servitudes, des vues, et du voisinage
Conseil : Consultez systématiquement le Plan Local d’Urbanisme de votre commune, car certaines imposent des restrictions bien plus contraignantes.

Alternatives à deux abris de jardin
Si votre objectif est de créer plusieurs espaces de rangement sans passer par des formalités complexes, voici quelques pistes :
▪ Opter pour un abri unique mais bien compartimenté
Un seul abri de 9 m² avec deux zones de rangement peut suffire à vos besoins tout en simplifiant les démarches (une seule DP au lieu de deux abris séparés).
▪ Miser sur du mobilier extérieur amovible
Coffres, armoires ou modules sur roulettes : tant qu’ils ne sont ni fixés au sol, ni couverts d’un toit, ils ne sont pas considérés comme des constructions, donc pas soumis à autorisation.
▪ Intégrer une partie de rangement dans une structure déjà existante
Une extension légère accolée à un garage ou un local existant, si elle respecte les règles de surface et de hauteur, peut être une solution plus souple (et parfois moins coûteuse).
En pratique : comment procéder si vous envisagez deux abris ?
Voici les étapes à suivre pour faire les choses dans les règles :
- Consulter le PLU de votre commune (souvent en ligne ou en mairie)
- Vérifier la surface totale des abris envisagés
- Si >5m² : remplir une déclaration préalable de travaux
- Attendre l’accord tacite ou écrit (délai d’un mois en général)
- Prévoir la taxe d’aménagement si applicable
- Conserver tous les documents pour vos archives et en cas de revente
✅ En résumé : que dit la loi ?
| Cas de figure | Formalité à effectuer | Taxe d’aménagement ? |
|---|---|---|
| 1 abri de 4m² | Aucune | Non |
| 2 abris de 5m² (soit 10m²) | Déclaration préalable obligatoire | Oui (selon hauteur) |
| Plusieurs abris dépassant 20m² cumulés | Permis de construire | Oui |
Installer deux petits abris de 5m² ne permet pas d’échapper aux règles d’urbanisme. Même si chaque abri est modeste, leur surface cumulée est considérée comme une seule unité aux yeux de la loi. Pour éviter toute mauvaise surprise, mieux vaut jouer la transparence : consulter le PLU, faire une déclaration préalable si nécessaire, et anticiper la taxe d’aménagement. Mieux informé, vous pourrez ainsi concevoir un aménagement fonctionnel, durable… et parfaitement en règle.



